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"Ah, ma première fois!…
La bergère rêvait, en gardant ses moutons (et ron et ron petit patapon). Moutons au loin bien tranquilles, gambadant à côté de la croix de l’Alpe ne remarquant pas l’approche de l’orage au-dessus du Granier. Elle aurait tant aimé pouvoir se souvenir avec émotion, comme Oriane… mais ça ne s’était pas passé exactement comme ça. Elle ne savait pas au juste ce qu’était une première fois. Une affaire de désir, de pénétration, de possession… un forçage? Pouvoir évocateur des réflexions d’Oriane… Pendant que la bergère se laissait aller à la rêvasserie, pendant que les nuages s’amoncelaient au-dessus des sommets, le petit poste à transistors que la bergère avait reçu en cadeau à sa communion solennelle — un Optalix — dont elle ne se séparait jamais, diffusait une vieille chanson de Souchon. Elle me prenait pour James Dean, américain d'origine, fils de Buffalo Bill… Alors admiration (Et ron et ron petit patapon) Je lui parlais drapeau à damiers, dérapage bien contrôlé, admirateurs fascinés, télévision (elle en fit un fromage, et ron et ron…) Elle me croyait chanteur, incognito voyageur, tournées, sonos, filles en pleurs, Admiration… Elle me dit : chante-moi une chanson. J'ai avalé deux, trois maxitons, et j'ai bousillé "Satisfaction". Consternation. Oui, la vie, les chansons… se dit la bergère.
Nostalgie d'Oriane (Bic rouge): bien évidemment les "premières fois" ne se ressemblent pas si ce n'est qu'elles sont toujours pour la dernière fois des premières fois… Notion d'irréversibilité cruelle du temps. Celle-ci que j'ai pioché je ne souviens plus trop où me semble relativement classique tant il y a sur terre de bellâtres qui veulent se faire passer pour ce qu'ils ne sont pas. Je me souviens ainsi d'un de mes premiers flirts qui, roulant en Fiat décapotable (magnifique petit cabriolet vert d'eau) me racontait qu'il était ingénieur atomiste en Afrique du Sud venu en vacances en Normandie… Bien entendu je n'en croyais pas un mot mais j'aimais bien l'idée qu'il s'imaginait que je le croyais…"
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